08 mai 2007
BIP! BIP! BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP!
A tous les bipeurs de Rév'ayez, à vos cervelles. Voici un poème que vous pouvez apprendre par coeur et réciter dans les rues. Nous avons 3 masques à votre disposition. Cela peut se faire dès ce week-end, seul ou à plusieurs. A bientôt!
Victor Hugo, Les Châtiments, 1853.
Chanson
Courtisans ! attablés dans la splendide orgie,
La bouche par le rire et la soif élargie,
Vous célébrez César, très bon, très grand, très pur ;
Vous buvez, apostats à tout ce qu'on révère,
Le chypre[1] à pleine coupe et la honte à plein verre...
Mangez, moi je préfère,
Vérité, ton pain dur.
Boursier qui tonds le peuple, usurier qui le triches,
Gais soupeurs de Chevet[2], ventrus, coquins et riches,
Amis de Fould[3] le juif et de Maupas[4] le grec,
Laissez le pauvre en pleurs sous la porte cochère,
Engraissez-vous, vivez, et faites bonne chère... -
Mangez, moi je préfère,
Probité, ton pain sec.
L'opprobre est une lèpre et le crime une dartre.
Soldats qui revenez du boulevard Montmartre,
Le vin, au sang mêlé, jaillit sur vos habits
Chantez ! la table emplit l'Ecole militaire,
Le festin fume, on trinque, on boit, on roule à terre...
Mangez, moi je préfère,
Ô gloire, ton pain bis.
Ô peuple des faubourgs, je vous ai vu sublime.
Aujourd'hui vous avez, serf grisé par le crime,
Plus d'argent dans la poche, au coeur moins de fierté
On va, chaîne au cou, rire et boire à la barrière.
Et vive l'empereur ! et vive le salaire !... -
Mangez, moi je préfère,
Ton pain noir, Liberté !
Jersey, décembre 1852
[1] vin réputé
[2] célèbre restaurant parisien
[3] ministre des Finances
[4] ministre de la Police

